360g l glyphosate et résistances des adventices : adapter ses stratégies

Sur certaines parcelles en semis direct sous couvert, on applique du glyphosate à 360 g/L deux ou trois fois par campagne, à des doses très faibles, parfois 0,3 à 0,5 L/ha. Le résultat, après quelques années, c’est un ray-grass ou un vulpin qui ne bronche plus au passage du pulvérisateur. Les premiers cas de vulpin résistant au glyphosate sont maintenant documentés en France, et la tendance s’accélère.

Le problème ne vient pas de la molécule elle-même, mais de la manière dont on s’en sert. Adapter la stratégie de désherbage autour d’une formulation à 360 g/L de glyphosate, c’est d’abord comprendre pourquoi les résistances apparaissent et comment on peut encore les freiner.

Sous-dosages répétés de glyphosate : le mécanisme de sélection des résistances

Un état des lieux national réalisé entre 2024 et 2025 auprès d’environ 80 organismes (coopératives, négoces, chambres d’agriculture) confirme que les résistances de graminées automnales sont désormais largement reconnues. Ray-grass et vulpin figurent en tête, avec des résistances au glyphosate signalées depuis peu.

Le scénario type est connu : on intervient avec une dose faible de glyphosate sur un couvert dense, parfois plusieurs centaines de pieds au mètre carré. À cette densité, les individus les moins sensibles survivent et se multiplient. Répéter ce schéma sur plusieurs campagnes revient à exercer une pression de sélection constante, exactement le mécanisme qui a déjà rendu certains ray-grass résistants aux inhibiteurs de l’ALS ou aux antigraminées foliaires.

Avec une formulation à 360 g/L, la tentation du sous-dosage est forte : on veut économiser du produit, réduire les quantités de substance active à l’hectare, répondre aux contraintes réglementaires. L’intention est bonne, mais le résultat agronomique peut être désastreux si on ne compense pas autrement.

Adventices résistantes poussant dans les chaumes après récolte, stratégie de gestion du glyphosate

Adapter la dose de glyphosate 360 g/L au stade des adventices

L’efficacité d’un traitement au glyphosate dépend du stade de la cible au moins autant que de la dose. Sur adventices annuelles ou bisannuelles, les retours terrain convergent : intervenir sur des stades jeunes augmente l’effet de la substance active. Un colza repousse à moins de quatre feuilles, par exemple, se détruit nettement mieux qu’un pied monté.

Sur les vivaces, la logique s’inverse. On cherche à traiter quand la sève redescend vers les organes souterrains. Sur chardon, le stade boutons accolés (plante de 15 à 20 cm) est le moment où le glyphosate migre le mieux vers le rhizome. Sur liseron, on attend des tiges de plus de 20 cm, idéalement à floraison.

Conditions d’application qui changent tout

Le glyphosate est un herbicide foliaire systémique. Les conditions au moment du passage comptent autant que la dose inscrite sur l’étiquette.

  • Hygrométrie supérieure à 70 %, idéalement proche de 90 %. Une faible rosée reste compatible, mais un feuillage sec par vent chaud réduit fortement l’absorption.
  • Température entre 15 et 25 °C. En dessous, la translocation ralentit. Au-dessus, le stress hydrique ferme les stomates.
  • Bas volume de bouillie : les essais montrent que réduire le volume d’eau par hectare concentre la solution sur la feuille et améliore la pénétration cuticulaire. C’est un levier souvent sous-exploité.

En cas d’eau dure (forte teneur en calcium ou magnésium), le glyphosate peut former des complexes moins actifs. L’ajout d’un adjuvant adapté, type sulfate d’ammonium, restaure une partie de l’efficacité sans augmenter la dose de substance active.

Combiner mécanique et chimique pour réduire la pression de sélection

Les essais conduits sur la campagne 2010-2011 (puis confirmés les années suivantes) ont montré qu’un roulage du couvert végétal avant application de glyphosate permettait de réduire la dose d’herbicide. Le mécanisme n’est pas un affaiblissement physiologique des plantes, mais plutôt une action physique sur le feuillage qui facilite le contact avec la bouillie.

En pratique, la combinaison roulage puis glyphosate à dose réduite fonctionne surtout sur les couverts sensibles. Sur des graminées déjà peu réactives au glyphosate, le gain est limité. Le roulage ne remplace pas une dose correcte sur adventices résistantes.

Alterner les modes d’action en interculture

La stratégie la plus efficace contre la sélection de résistances reste la diversification des leviers. On ne parle pas seulement de chimie : le travail du sol superficiel, le faux-semis, la rotation des cultures et le choix de couverts compétitifs participent à casser le cycle des adventices problématiques.

  • Un faux-semis bien conduit en fin d’été provoque la levée d’une partie du stock semencier, que l’on détruit ensuite mécaniquement ou chimiquement.
  • L’alternance cultures d’hiver et cultures de printemps modifie les fenêtres de levée et empêche une espèce de dominer le peuplement adventice.
  • Les couverts à base de légumineuses ou de crucifères agressives (moutarde, radis fourrager) étouffent les graminées adventices avant qu’elles n’atteignent un stade reproducteur.
  • Le labour ponctuel, même sur une parcelle habituellement en non-labour, enfouit les semences de surface et casse le cycle d’accumulation.

Les retours varient sur l’efficacité relative de chaque levier selon le type de sol et le climat. Ce qui reste constant, c’est que la répétition d’un seul mode de destruction finit toujours par sélectionner des survivants.

Technicienne agricole planifiant une stratégie de désherbage alternatif au glyphosate avec un pulvérisateur

Surveillance des résistances au glyphosate : structurer le suivi parcellaire

Depuis que les premiers cas de vulpin résistant au glyphosate ont été identifiés en France, une surveillance spécifique se met en place. Des tests en laboratoire permettent de confirmer ou d’infirmer une suspicion de résistance, ce qui évite de multiplier les passages inutiles sur une population déjà insensible.

Sur le terrain, le signal d’alerte est simple : si un traitement au glyphosate à dose correcte, appliqué dans de bonnes conditions, laisse survivre une proportion anormale de pieds, il faut faire analyser la population. Attendre la campagne suivante pour « vérifier », c’est laisser ces individus grainer et aggraver le problème.

Identifier une résistance tôt permet de changer de stratégie avant que le stock semencier ne soit contaminé sur l’ensemble de la parcelle. Les organismes stockeurs et les chambres d’agriculture disposent de protocoles de prélèvement et de réseaux d’analyse pour accompagner cette démarche.

La formulation à 360 g/L de glyphosate reste un outil de gestion des adventices en interculture, à condition de ne pas en faire le seul pilier du désherbage. L’enjeu des prochaines campagnes, c’est de maintenir son efficacité là où elle existe encore, en intégrant systématiquement des leviers complémentaires avant que la résistance ne s’installe.